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Devenir mère sans disparaître : comment garder son identité après l’accouchement

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Devenir mère sans disparaître : comment garder son identité après l’accouchement

femme seule dans une rivière pour illustrer. la reconnexion à soi post partum

Une chose me frappe de plein fouet quand il s’agit de s’intéresser à la maternité : le silence autour des difficultés.

 

Parce que donner la vie est une chose merveilleuse, qui agrandit le coeur et qui ancre nos pieds dans le sol, et pourtant. Donner la vie implique aussi des deuils à faire. 

 

Le deuil de la jeune femme que l’on était, 

Le deuil de la vie à deux, 

Le deuil d’une certaine forme de liberté, 

Le deuil de nos certitudes. 

 

Et tous ces deuils sont de l’ordre du tabou. Ou de l’oubli. 

 

Nous sommes préparées à l’accouchement, mais nous ne sommes pas préparées à cette transformation-là.

Pourtant… On les vit toutes. 

 

La perte d’identité post-partum est une réalité dont personne ne parle. L’arrivée d’un enfant est si précieuse qu’elle prend le dessus sur les problématiques identitaires et émotionnelles que peut vivre la jeune mère. Pourtant, ces problématiques sont réelles, et les deux peuvent cohabiter.

 

Ici, je t’invite à décoder ce qu’il se passe vraiment lorsque l’on devient mère. 

Surtout, je t’invite à entendre, comprendre, accepter et dépasser cette étape de vie : la plus transformatrice que tu puisses jamais traverser. 

 

Car on ne nait pas mère. On le devient.

La matrescence : quand devenir mère transforme ton identité en profondeur

Lors de ma grossesse, j’ai baigné dans des témoignages de mon entourage de mères accomplies, de l’accouchement comme le plus beau jour de leur vie, de maman nées au premier souffle de leur enfant et de l’entrée dans la maternité comme une continuité fluide de la personne que l’on était, mais avec un bonus : enfant. 


J’ai ressenti une incompréhension, une déception, une détresse lorsque, à la naissance de mon enfant, je n’ai pas ressenti ces états-là pleinement. Pas non plus dans les mois qui ont suivis. J’étais évidemment heureuse d’être la mère de mon fils, mais il y avait aussi autre chose.


Devenir mère m’a dépossédée de mes certitudes sur la personne que j’étais. 

Devenir mère m’a dépossédée de moi, de mon identité. 


En devenant mère, j’ai été vidée. Comme si mon corps, le berceau et le réceptacle de mon esprit, avait été vidé de sa substance. J’ai donné la vie, j’ai créé une nouvelle personnalité, et pour cela j’ai perdu la mienne. 

Mon corps est toujours là. Comment le remplir à nouveau ? Par quoi ? D’une façon extrêmement effrayante, mais simple : qui suis-je ? 


Ce phénomène que beaucoup de femmes vivent mais dont personne ne parle porte un nom : la matrescence. 


Ce concept a été développé par Dana Raphaël, une anthropologue américaine, en 1973, et popularisé en France en 2019, notamment avec le podcast Matrescence de Clémentine Sarrat. 

Matrescence est la contraction de maternité et adolescence.


Car oui, ce qu’il se passe en mettant au monde un enfant n’est pas uniquement la création magique d’un enfant (qui l’est réellement !), mais c’est aussi une perte d’identité profonde, qui se caractérise au niveau psychologique mais aussi physiologique, avec un bouleversement hormonal et émotionnel bien plus vastes que le silence que l’on entend autour de cette période. Une période transformatrice transitoire comparable à celle de l’adolescence. 


Devenir mère, c’est aussi faire le vide pour se remplir autrement.


C’est la chrysalide et le papillon.


C’est la matrescence. 

Ce qu’il se passe quand on devient mère

Les formes concrètes du changement de son identité

Le changement d’identité que connaît toute mère passe par une perte de l’ancienne.

On se vide, pour se remplir à nouveau. Une transformation, une renaissance.

 

Mais comment se matérialise cette phase du vide ?

Par une disparition brutale de moments où le « soi » existe. Dans le rythme de la vie, dans le regard de l’autre, comme dans son propre regard.

 

L’enfant naît.

À partir de ce jour-là, tes besoins physiologiques passent en second plan. La faim, le sommeil, l’hygiène. Combien de mères n’ont pas réussi à se doucher avant 17h, à manger autre chose qu’un repas grignoté à la volée, à dormir plus de quelques heures d’affilée ? Tes besoins les plus fondamentaux passent après ceux de ta famille.

 

Les regards changent de cible. Tu te sens invisible, et si vulnérable. Même dans ton couple, la connexion se fait plus difficile : les conversations tournent autour du bébé, les moments à deux disparaissent.

 

Et lorsque tu arrives enfin à avoir une heure pour toi, tu te retrouves assise sur une chaise, à regarder le plafond. Quoi faire, sans l’enfant ? Qu’est-ce qui t’anime ? Qu’est-ce qui te fait du bien, à toi ?

 

Alors tu te résous à te répéter : « ça ira mieux quand il sera plus grand ». Et tu mets ta vie en pause.

 

Le « soi » disparaît. L’identité se vide.

La normalité de l’oubli : essentielle

Et il faut bien comprendre une chose : le deuil identitaire peut tout à fait cohabiter avec la joie de devenir mère.

 

C’est ce qui manque terriblement aujourd’hui dans les discours autour de la maternité : cette pensée non-manichéenne de la maternité, où tristesse et bonheur se côtoient avec la même intensité, sans être nécessairement une question d’hormones. 

 

Il est important de donner de la visibilité à la perte d’identité et de repères que ressent la jeune mère, tout comme il est important de normaliser cet oubli de soi. 

 

Sans sa mère, l’enfant ne survit pas. Cet oubli de soi pour son enfant est une phase essentielle dans la mise au monde d’un enfant. 

C’est peut-être ce qui fait aussi de cette période une période si douce, si vulnérable et pleine de force à la fois, une période où la mère prouve sa puissance d’une façon inimaginable avant de devenir mère. 

 

Car devenir mère, c’est accepter son devoir de présence et de dévouement à son enfant vierge de toute expérience. Et c’est finalement ce qui rend ce passage fort : on parle de transmission, d’oubli de soi comme quelque chose qui au lieu de nous amoindrir, nous fait grandir. 

 

Cette identité qui s’est vidée de notre enveloppe, on vient, par notre présence, en remplir l’enveloppe de l’enfant. C’est une période non plus tournée vers soi, mais offerte à l’autre.

 

Car si nous, en tant qu’adulte, nous avons perdu nos repères identitaires dans un monde connu… L’enfant, lui a perdu ses repères du ventre de sa mère, pour arriver dans un monde totalement inconnu. 

femme allaitant son bébé

Ses limites

Néanmoins, la fonction essentielle de l’oubli de soi de la mère au profit de son enfant a une limite. 

 

L’enfant grandissant, devenant un bébé, puis un tout petit, est toujours dépendant de l’adulte, oui. Mais moins de sa mère. 

 

S’oublier dans la maternité est une étape aussi belle que nécessaire, mais qui doit toutefois rencontrer un point de bascule. Car la maternité n’est pas censée supprimer une âme au monde, mais en ajouter une. 

 

La mère est l’être humain le plus important pour l’enfant : il est donc aussi sa plus grande influence. Rien que cela en fait une raison suffisante pour rencontrer ce point de bascule et reprendre, en tant que mère, son identité personnelle par la main.
Ainsi l’enfant a comme modèle une personne entière, qui s’adonne à la connaissance de soi et qui se place, elle aussi, en priorité. Car comment attendre de l’enfant qu’il devienne un être indépendant, ancré dans sa valeur, si sa mère lui montre l’exemple d’une personne qui ne sait plus qui elle est ? D’une mère cachée derrière les besoins des autres ?

 

Tu disposes de la vie en toi. Tu peux t’autoriser à la matérialiser, à être, à exister en tant que personne. Tu es devenue mère car tu es femme. Bien que sa forme bouge, ton identité reste : tu es toi, tu es femme, tu es mère. Et les trois peuvent coexister. 

Des repères concrets pour ne pas se perdre

Alors, comment réussir à se reprendre par la main, et à ne plus regarder le plafond dans le vide ? Cet objectif est un processus, un chemin, vers une renaissance progressive de soi-même. 

 

Je te partage ici quelques étapes que tu peux mettre en place, en douceur, pour petit à petit, arriver à te reconnecter à ton essence.

Une des premières choses que j’ai faites, de mon côté, a été de reprendre une activité créative que j’avais laissé de côté avec la grossesse et le post-partum : le macramé. Essayer de réintroduire cette activité dans les courts moments de libre que j’avais m’a permis de renouer avec quelque chose qui me faisait du bien avant. 

Il se trouve que j’ai pris moins de plaisir avec cette activité que ce que j’en prenais avant – on change, dans tout ce temps ! – mais cela m’a amené à renouer avec ma créativité, à réinvestir les quelques minutes de calme par quelque chose qui me reconnecte à moi au lieu de partir scroller. Et finalement, ça m’a ouvert l’inspiration sur d’autres activités créatives qui correspondent davantage à mon moi actuel. 

 

Une autre chose que j’ai mis plus de temps à réussir à mettre en place, mais qui a été un grand changement pour reprendre ma place personnelle, a été d’identifier dans la journée un rituel de 5 minutes qui me fait du bien, qui me recharge, et de l’affirmer, de le protéger, de le prioriser. Ca peut être prendre une douche sans te soucier de sa longueur, ça peut être boire ton thé dans le calme et seule, un moment pour toi pendant la sieste et non un moment à faire les tâches quotidiennes, une activité sportive…

Tu peux aussi essayer de renouer avec toi même tout en étant avec ton bébé. Proposer des activités qui te font d’abord plaisir à toi, plutôt que des activités « kid focused ». Tu aimes explorer dans la nature ? Prends ton bébé avec toi et explore avec lui, même pour des balades pleines de pauses, ou même pour une longueur de 500m. Emporte des snacks, collecte des batons, des cailloux, montre lui les coccinelles et les fourmis. Tu aimes cuisiner ? Assieds ton bébé sur le plan de travail avec toi pendant que tu cuisines, et partage avec lui ce moment de découverte. Laisses le mélanger, laisse-le couper une banane avec un couteau adapté… Tu aimes lire ? Essaie de retrouver un livre que tu aimais petite, et partage le avec lui… Tu aimes toucher la terre ? Prends-le avec toi dehors, donne-lui une boite avec de la terre et des cuillères, et met toi aussi les mains dans ta terre…. 

Tout n’est pas obligé d’être activités sensorielles bien préparées, legos, et grosses activités. Amener ton enfant à découvrir ce que toi tu aimes et l’inclure dans tes activités, non seulement t’amène à te reconnecter à ce que tu aimes, mais aussi amène ton enfant à te découvrir pour la personne que tu es, de façon authentique. 

 

D’une façon plus conceptuelle, j’ai aussi avec le temps beaucoup réfléchi à la personne que j’étais avant de devenir mère. Et un switch majeur qui m’a permis de réincarner mon identité a été de comprendre, d’accepter, et surtout de revendiquer, que oui, j’ai changé. Oui, mes priorités sont différentes, mes opinions ont drastiquement changé sur certains sujets et mes valeurs aussi. Et plutôt que d’essayer sans succès de retourner dans le moule de la personne que j’étais avant, je revendique ce changement. J’ai incarné cette nouvelle identité, accepté cette mue, et je continue à découvrir chaque jour de nouveaux pans de ce nouveau moi, sans me raccrocher à l’ancien, sans culpabilité. 

Et c’est profondément libérateur. 

femme heureuse et complice avec son enfant

En arrivant ici, tu n’es pas seule.

La maternité est une étape de transformation intense, aussi difficile que belle. Une métamorphose déstabilisante, qui nous rend vulnérable, mais dont on sort plus forte, et avec le plus beau des cadeaux qu’il soit : notre enfant, la chair de notre chair, l’innocence et l’amour enveloppé dans des joues rondes et de grands yeux rieurs. 

`

La maternité est la plus grande prise de pouvoir féminine qu’il m’ait été de connaître. 

 

En étant douce avec soi-même, en acceptant ses parts de vulnérabilités, ses difficultés, tout comme ses bonheurs, sans chercher à invisibiliser une des réalités qui compose cette transition de vie, on en vient à une expérience pleine, complète, en totale acceptation des nuances qui composent chaque expérience de vie.

 

La maternité reste une période importante et exigeante. Si tu sens que tu as besoin d’être accompagnée pour faire cette transition en douceur, avec des clés précises et dans un cadre sécurisant, n’hésite pas à me contacter. 

Je serai heureuse d’être une partie de ton village.

 

Prends soin de toi,

 

Sophie

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